L’accumulation compulsive : quand les objets deviennent une armure psychologique

Publié le 5 janvier 2026

Derrière l'amas d'objets qui envahit un logement se cache souvent une souffrance psychique méconnue. Loin d'être un simple laisser-aller, ce comportement peut relever du syndrome de Diogène, un trouble complexe lié à des mécanismes de défense inconscients. Décryptage d'une réalité qui dépasse largement le désordre apparent.

Le syndrome de Diogène : une réalité aux multiples facettes

Identifié pour la première fois en 1975 par le gériatre Clark, ce syndrome se caractérise par des conduites extrêmes concernant les possessions matérielles, l’hygiène corporelle et l’isolement relationnel. On le rencontre plus souvent chez les seniors, mais il peut toucher des individus de tous âges. Contrairement à une croyance répandue, il n’est pas forcément le symptôme d’une maladie mentale établie comme Alzheimer ou la schizophrénie. D’ailleurs, près d’une personne sur deux présentant ce syndrome ne souffre d’aucun trouble psychiatrique diagnostiqué.

Un mécanisme de survie face au traumatisme

Le psychogériatre Jean-Claude Monfort éclaire ce phénomène en le présentant souvent comme une réaction à un choc émotionnel, survenu parfois dans la jeunesse ou plus tard. Une séparation familiale douloureuse, la perte d’un être cher ou un bouleversement soudain des repères de vie peuvent ainsi ébranler une personne au point de déclencher une résistance psychologique singulière. L’accumulation compulsive devient alors une stratégie de protection, une sorte de rempart.

À l’instar du philosophe Diogène, qui a choisi une existence ascétique après une vie aisée, les individus concernés érigent une forteresse intérieure à travers leurs collections d’objets. Ce comportement traduit, de manière souvent inconsciente, une quête de réconfort, une tentative de se créer une bulle sécurisante et de retrouver une emprise sur une existence source d’angoisse.

L’impact au quotidien et la complexité de l’aide

Bien que vivant une réelle détresse, les personnes souffrant du syndrome de Diogène sollicitent rarement un soutien et ont du mal à reconnaître le caractère problématique de leur situation. Cette absence de demande rend toute démarche d’accompagnement particulièrement sensible. Comme le souligne Jean-Claude Monfort, il est crucial d’avancer avec une grande progressivité et une profonde bienveillance, en apprenant d’abord à connaître leur monde avant d’envisager la moindre évolution.

Une action radicale, comme un grand nettoyage forcé et non consenti, peut provoquer un véritable traumatisme. Les conséquences peuvent être sévères, allant jusqu’à des décompensations psychologiques ou des problèmes de santé sérieux. L’approche doit donc être centrée sur un accompagnement patient, en faisant appel à un réseau de professionnels et en bannissant tout esprit critique, pour encourager une transformation en douceur mais pérenne.

Comment soutenir un proche touché par ce syndrome ?

La gestion du syndrome de Diogène exige du temps, une patience à toute épreuve et une collaboration étroite entre différents acteurs : l’entourage familial, les amis, les services sociaux, les psychologues et le corps médical. Le but n’est pas de révolutionner de force un mode de vie, mais plutôt de marcher aux côtés de la personne avec empathie, en honorant son propre tempo et ses ressources.

Aider un être cher confronté à cette réalité est un chemin long et semé d’embûches. Pourtant, en misant sur une écoute active, une volonté de comprendre et un accompagnement psychologique sur mesure, il est possible d’atténuer peu à peu les manifestations du trouble et de tracer un chemin vers un environnement de vie plus serein et sécurisant.